Pourquoi le crédit sans intérêts est béni ?

Publié le par Asma Oudina

Le crédit sans intérêts, à l'exemple du crédit familial, est un placement béni en Islam sous conditions. En dehors du fait que celui-ci doit-être évidemment dénué d’intérêts financiers ou en nature, il y a des règles à respecter pour que cette transaction puisse être valable. Il présente des avantages financiers mais aussi des avantages sociaux. En effet, il permet de créer du lien social, de venir en aide à autrui et de gagner des récompenses pour l’au-delà. Voyons d'abord pourquoi il ne faut en aucun cas contracter de crédit avec des intérêts.

 

Le crédit avec des intérêts attire la malédiction d’Allah


Contrairement à ce que l’on veut vous faire croire, placer son argent ce n’est pas forcément récolter des intérêts usuriers. En effet, lorsque vous prêtez avec des intérêts (financiers ou en nature), vous attirez la malédiction d’Allah puisque cela revient à pratiquer l’un des pêché majeur en Islam : « le Riba »

Dans un hadith (une parole) ici authentique du Prophète, rapportée dans plusieurs recueils tels que ceux de l’Imam Bûkhari, Muslim et Abu Dawûd (donc triplement authentifiée) Le Prophète a dit : « évitez les sept péchés majeurs! Et quels sont-ils ô envoyé d’Allah ? » demandèrent les Compagnons. Il répondit :« Associer un autre à Allah, pratiquer la magie, tuer un être qu’Allah a interdit de tuer sauf avec droit, consommer le bien acquis par l’usure, dévorer le bien de l’orphelin, déserter et calomnier les croyantes chastes et naïves ».

Ainsi prêter de l’argent avec intérêts constitue l’une des formes de Riba pratiquée durant la période préislamique. En effet lorsqu’une personne empruntait de l’argent à un tiers et qu’il ne pouvait rembourser à temps, le prêteur acceptait de prolonger le délai contre un intérêt financier. En droit musulman il s’agit d’une forme de Riba relative au délai. En langue arabe « Riba » signifie « surplus » mais dans des biens spécifiques. Ainsi tout surplus ne s’apparente pas à du Riba (voir mon cours : introduction au Riba). En langue française on peut traduire ce mot par « usure » de façon approximative.

Le crédit sans intérêts est un placement financier qui attire la bénédiction d’Allah

En revanche lorsque vous prêtez sans intérêts votre transaction est bénie sous conditions : vous devez avoir faire cela uniquement pour la face d’Allah, votre créateur, sans demander quelconque contrepartie (ni financière ni en nature). A ce moment-là 50% de votre placement est comptabilisé comme une aumône. En effet d’après un extrait d’un avis juridique du Sheikh El Albani que vous trouverez sur mon blog on trouve les paroles suivantes :

« Il y a une vérité islamique que je voudrais vous rappeler, c’est une réalité très importante et très belle, mais la plupart des gens ne savent pas. Celui qui prête vraiment sans intérêts 10 000 dinars au musulman et qui renonce à récupérer son bien à la fin de la période convenue, celui-là a en vérité renoncé à 10 000 auxquels s’ajoutent 5000. Et ces 5000 sont garantis auprès du Seigneur de l’univers, pas à la banque, car il est rapporté dans le hadith authentique que le prophète (salallahu’ alayhi wasalam) a dit : « le prêt (sans intérêts) de 2 dirhams est comme l’aumône d’un dirham ». Si tu prêtes à un musulman 200 dinars, c’est comme si tu avais donné en aumône de ta poche pour la Face d’Allah, 100 dinars. Donc celui qui te prête 10 000 dinars pour Allah et que tu lui rends, on lui écrit auprès d’Allah 5000, en récompense de ce prêt sans intérêts. Et de nos jours, les gens ne sont pas conscients de cela, or le vrai gain est celui-ci ! »

Ces paroles du savant El Albani sont d’une grande sagesse. Il rappelle la double récompense du prêt sans intérêts : d’une part le prêteur récupère la totalité de sa mise de départ (il ne perd rien mais en plus fait travailler l’argent) mais en plus de cela Allah lui inscrit la moitié de la somme prêtée en aumône. Et là se situe la véritable récompense.

Quelques conditions cependant

En effet vous devez vérifier si la personne à qui vous prêtez votre argent est solvable c’est-à-dire si elle capable financièrement de rendre la somme empruntée mais si en plus elle est de confiance. En effet, le droit musulman interdit le prêt à une personne dite « safih » en arabe soit gaspilleuse et elle doit être empêchée de traiter tout acte financier. Également, selon la sourate numéro 2 « la vache » verset 282, toute dette contractée à échéance déterminée doit être rédigée par un scribe, dictée par le débiteur (celui qui emprunte) avec deux témoins musulmans soit 2 hommes ou 4 femmes ou 1 homme et deux femmes. En effet, Allah dit dans son Livre dans le sens des versets « Ne vous lassez pas d’écrire la dette, ainsi que son terme, qu’elle soit petite ou grande : c’est plus équitable auprès d’Allah, et plus droit pour le témoignage, et plus susceptible d’écarter les doutes ». Cependant si vous êtes en voyage et qu’il n’y a pas de scribe, un gage suffit comme dit dans le verset 283 de la même sourate.

En droit français comment sécuriser et déclarer la transaction si besoin ?

Au-delà d’un prêt de 700€, même sans intérêts, celui-ci doit être déclaré aux impôts. Pour une transaction plus grande, le notaire également peut l’enregistrer afin, tout simplement, qu’elle soit rendue publique en cas décès et que les héritiers ou proches puissent être au courant et solder la dette du défunt. Attention ! La dette en Islam ne s’hérite pas. En revanche, il y a une très grande récompense dans le fait de solder la dette du défunt si il n’a pas laissé assez d’héritage financier ou en capital ou bien si la famille n’en a pas les moyens.
 

La gravité de ne pas rembourser une dette qu'on a la capacité de rembourser

Voici un hadith qui appuie la gravité en Islam pour un emprunteur de ne pas rembourser sa dette alors qu'il a la capacité de le faire : "D'après Ach Charid Ibn Souwayd (qu'Allah l'agrée), Le Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui) a dit : "le fait qu'une personne qui a les moyens de rembourser retarde le paiement d'une dette rend permis son honneur (1) et sa punition (2)".

(Rapporté par Nasai dans ses Sounan n°=4689 et authentifié par Sheikh Albani dans sa correction de Sounan Nasai).

(1) C'est-à-dire que la personne à qui il doit rembourser la dette a le droit de dire des choses comme : il a été injuste envers moi ...

(2) C'est-à-dire que le juge peut le punir, l'emprisonner ...

Voir Charh Sounan Nasai de Sheikh Ali Ibn Adam Al Etiopi vol 35 page 293

 

Si vous êtes dans cette situation, la justice est applicable en droit musulman et elle doit être saisie pour éviter de faire d'autres victimes. En effet si après plusieurs rappels, l'emprunteur refuse de vous rembourser, vous devez saisir la justice afin que cette personne rende compte de son abus, qu'elle ne recommence pas et que la peine appliquée soit suffisamment forte afin que d'autres n'aient pas envie de suivre ce modèle. Puisque lorsque la justice n'est pas appliquée, cela est une cause de l'augmentation de l'injustice sur terre et des conséquences chaotiques sur les sociétés et l'humanité.

Pour être accompagnée dans vos démarches financières & administratives en conformité avec le droit musulman : asma_consulting@outlook.com

 

Copyright de l’article : Asma Oudina, présidente de l’entreprise Asma consulting, auteur et enseignante à domicile.

 

 

 

 

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Mohamed 12/10/2020 01:35

Salam alaykom. Merci beaucoup pour votre super site. J'ai une question qui me trotte dans la tête. Je suis un investisseur, exemple une personne me demande un pret de 20.000e pour acheter de la marchandise. Une fois tout vendue et qu'il a fait sont bénéfices. Il me rend mes 20.000e plus 3000e considérer comme " ma part".
Quel est le jugement de ceci svp. Qu Allah vous récompense

Asma Oudina 12/10/2020 04:27

Wa Aleykoum Salem. C’est du Riba.